Origines
Casimir Reymond naît le 9 avril 1893 à Vaulion, un village du pied du Jura vaudois. Il reste toute sa vie attaché à ce lieu d'origine — les paysages, la lumière, la matière des granges et des pierres ressurgiront longtemps dans ses peintures et ses sculptures. L'enfant dessine avant d'aller à l'école. Dès six ans, il consacre une ou deux heures par jour au crayon.
En 1908, il entre à l'École normale de Lausanne, puis à l'École municipale. De 1910 à 1913, il étudie la peinture à l'École des beaux-arts de Genève, dans la classe d'Eugène Gilliard. C'est à Genève qu'il rencontre Marcel Poncet, avec qui il restera lié toute sa vie. À vingt ans, il expose plus de cent quatre-vingts œuvres à la Grenette, à Lausanne. Le public suit. En 1914, la bourse fédérale des beaux-arts vient confirmer la voie.
Paris, la matière
Pendant la mobilisation de la Première Guerre mondiale, un jour d'inactivité, Reymond sculpte le visage de son père dans une borne de pierre. La sculpture le saisit. La peinture ne suffira plus. En 1918–1919, il signe son premier grand chantier public : le bas-relief biblique de la chapelle de Montfaucon, à la Cathédrale de Lausanne. Félix Vallotton voit le travail et l'encourage à partir pour Paris.
Il s'y installe en 1921 avec Jeannette Champ-Renaud, qu'il vient d'épouser. Les années parisiennes seront dures — il expose aux Salons, il gagne le respect de ses pairs, il ne vend presque rien. De cette décennie subsiste une correspondance abondante avec Marcel Poncet, Charles et Marguerite Clément : chronique quotidienne d'un artiste qui observe les galeries et se forge son propre regard. Il y contracte aussi une conviction communiste — héritée, dira-t-il plus tard, de la charité chrétienne de sa mère.
« Je ne sais pas si je serai sculpteur. Je sais que je ne serai rien d'autre. »
Le retour, l'école, l'atelier
La crise de 1929 le ramène en Suisse. En 1932, il reprend le poste d'Abraham Hermanjat à l'École cantonale de dessin et d'art appliqué, à Lausanne. Deux ans plus tard, il acquiert un atelier au Chemin de la Toffeyre, à Lutry. Ce sera le lieu de tous les grands chantiers à venir — caryatides du Tribunal fédéral, Monument à César-Roux, La Vendangeuse du Parc de Denantou, statues du Palais de Beaulieu. Et, à partir de 1935, la pratique du vitrail, qu'il mène jusqu'à sa mort : une quinzaine d'églises vaudoises en portent la trace.
Comme pédagogue, il marque des générations. André Tommasini sera son élève. Son regard sur ses propres œuvres, lui, reste impitoyable : il détruit beaucoup, se corrige sans relâche, jamais satisfait.
Fin de vie
À la retraite, il s'éloigne du monumental. Des terres cuites tardives, intimes, sensuelles. Des aquarelles austères, des monotypes. En 1968, il reçoit le premier prix Wilhelm Gimmi. La même année, son fils unique meurt à Zurich dans l'incendie criminel d'un immeuble. Le geste se brise. Reymond continue à modeler, mais à voix basse.
Les derniers mois, il travaille à la création d'une fondation qui, après sa disparition, conservera et diffusera son œuvre. Il meurt à Lausanne le 16 juillet 1969. La Fondation Casimir Reymond est constituée le 7 juillet 1970. Elle a son siège, aujourd'hui encore, dans l'atelier de Lutry.
Sources : Édith Carey (dir.), Casimir Reymond 1893–1969. Sa vie et son œuvre, Infolio 2010. Dictionnaire historique de la Suisse. SIKART. Ville de Lausanne, Art en Ville.
